Gonzalo Arbutti est un artiste argentin né en 1972. Il vit et travaille a Buenos Aires. Petit, il passait beaucoup de temps dans l’atelier de son grand-père, qui était mécanicien naval ; il en garde une passion pour le travail manuel et la fabrication d’objets. Il étudie ensuite le design, la communication visuelle et les Beaux-Arts à La Plata, une ville de la province de Buenos Aires. Après ses études, Gonzalo Arbutti fonde, aux cotés d’un ami designer, la marque Cubo. Cette ligne de 12 jouets en bois, tournés vers la motricité et l’apprentissage de l’enfant, rencontre un franc succès. Leurs créations sont d’abord vendues au  Musée d’Art latino-américain de Buenos Aires (MALBA) puis au MoMa, à New York. Après environ 5 ans, l’aventure Cubo se termine. Depuis maintenant 3 ans, Gonzalo s’est installé dans son propre atelier, à Buenos Aires, dans le quartier de Chacarita. C’est là qu’il donne des cours de menuiserie et réalise des commandes sur mesure. Il expose également chez Praxis, une galerie d’art présente à Buenos Aires et à New York.

Lorsque  nous arrivons dans son atelier, c’est son chien, Rafi, qui nous accueille. Nous entrons d’abord dans une salle ou sont exposées ses créations; sculptures de bois, jeux, jouets… De nombreux passants s’arrêtent, intrigués, pour admirer cette superbe vitrine. C’est dans son atelier, entre deux machines, que nous reçoit Gonzalo Arbutti…

1) Tes créations sont variées ; quel est leur fil conducteur? Comment les définirais-tu ?

La frontière entre le design et l’art est extrêmement fine. Je n’aime pas qu’on veuille à tout prix me mettre dans une case ; menuisier, architecte, artiste, sculpteur ou designer… tout ça se ressemble et se rassemble ! En fait, ce qui me passionne depuis toujours, c’est  l’étude de la morphologie et des formes, notamment des motifs qui se répètent à l’infini, de manière tantrique, un peu comme un mandala. Beaucoup de mes œuvres s’articulent autour de cette répétition.


Ce qui me passionne dans les formes, c’est de les sortir de leur contexte, de les voir sous un autre angle. J’ai par exemple une petite anecdote sur Autotop, la voiture que j’ai créée pour Mon petit Art. Je construisais une planche a roulette en bois et j’ai extrait la pièce qui servait a unir les deux roues. Je trouvais la forme intéressante, on aurait dit… une petite voiture ! Je l’ai retravaillé un peu Autotop est née. En réalité, toutes les créations apparaissent comme ça, a partir de la forme ; il n’y a pas de design, il y a juste de la morphologie… 


Ce qui m’inspire, c’est le mystère dans la création. Les choses apparaissent parce qu’on les cherche. La forme apparait petit à petit entre nos mains, c’est un peu magique… La spontanéité, c’est important dans la création. C’est pourquoi j’utilise surtout le bois ; c’est un excellent matériau pour travailler les formes. Il est malléable, on peut lui donner rapidement la forme qu’on a imaginée. En ce sens, il est très différent du fer par exemple, qui est plus minéral, plus difficile à mettre en forme. Et puis j’ai une connexion particulière avec l’odeur et la texture du bois. Cette spontanéité n’empêche pas mes œuvres d’être plutôt raffinées et travaillées, dans leur forme et leur couleur par exemple.

2) Tu accompagnes Mon Petit Art depuis ses tous débuts. Peux-tu nous parler de votre collaboration ?

J’ai rencontré Lucila, la créatrice de Mon Petit Art, il y a plus de 15 ans, en 2000 ; elle venait régulièrement à la boutique de Cubo pour acheter des jouets pour ses enfants ! On partage beaucoup notre conception de l’art, des jeux et de leurs rôles dans l’éveil, l‘apprentissage des plus petits. Lucila avait, déjà à l’époque, le projet de monter une marque de jeux et d’activités artistiques. On en a beaucoup discuté ensemble. Quand Mon Petit Art est né j’ai, depuis le début, crée des jeux en collaboration avec la marque ; et ça a très bien fonctionné !

Avec Mon Petit Art, nous avons transformé mes œuvres en jeux. On s’est demandé comment sortir l’œuvre de sa place, comment la toucher, la modifier, en faire un objet ludique. Par exemple, Triada est un jeu de construction directement inspiré de mon œuvre. Les pièces en bois rappellent les motifs de mes trames ; c’est comme si on les avait extraites de mes créations !


L’une des pièces emblématique de Mon Petit Art, c’est Robotop, un petit robot en bois articulé. Il est né de mon envie d’assembler les choses; non seulement les pièces entre elles mais aussi les textures, par exemple le bois et l’acrylique. J’assemblais des pièces et l’idée du robot m’est venue naturellement pour deux raisons; d’une part, parce que ce sont des formes assez rigides, il est plus facile de créer un robot qu’une silhouette humaine. Mais aussi parce que le robot fait partie de mon imaginaire ; je suis né dans les années70, époque pendant laquelle on s’imaginait forcément le futur comme robotique… ca m’a beaucoup marqué !

3) Tes créations ont une dimension très ludique. Qu’est-ce que te plaît dans l’univers du jeu?

Toute mon œuvre, effectivement, est liée au jeu. Je cherche toujours à créer des objets ludiques. J’ai notamment étudié le concept d’ « homo ludens » : l’homme qui est fait pour jouer et le jeu comme base de notre culture. En fait, je passe dans cesse de l’art au jeu et du jeu à l’art.

Les jeux de table, type Monopoly, m’ennuient fermement. Je dirais même que ça me rend nerveux de devoir suivre toutes les règles du jeu ! Ce qui m’intéresse, plus que les jeux, c’est l’objet, le jouet en lui-même. Tout commence par le jouet ; quand un bébé attrape un jouet, il touche pour la première fois quelque chose qui n’est pas son corps ou celui de ses parents, il y a une connexion qui passe… Le jouet me semble intéressant dans sa relation avec l’espace. C’est très présent dans les jeux que j’ai réalisé pour Mon Petit Art. Par exemple, la Triada Star a une forme très intéressante ; elle peut s’encastrer  et occuper l’espace de différentes manières. Ou encore les Mini Cubes ; c’est un seul gros cube qui se « fragmente » en plusieurs pièces, de différentes proportions : autant de manières de les mettre en relations et d’occuper l’espace.

Je pense que le jeu, me plaît aussi parce qu’il permet de s’abstraire de la réalité, dans une bulle hors du temps… un peu comme dans ce quartier de Chacarita ! Tout y est plus tranquille, on peut prendre le temps de faire les choses…

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